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La place accordée à la femme au sein de la société japonaise est un sujet épineux. Dans ce pays où rigueur et discipline sont les maîtres mots et où l'organisation des choses et le respect des valeurs anciennes sont des critères de moralité indiscutables, l'égalité entre les sexes n'en est encore qu'à ses prémices, en particulier dans le monde du travail.

A mi-chemin entre valeurs ancestrales et modernité, le Japon voue un culte au travail mais peine encore à gommer les déséquilibres entre hommes et femmes qui, bien que remis en cause par une grande partie de la population, persistent dans le milieu professionnel japonais.

Les femmes japonaises sont aujourd'hui tiraillées entre deux choix : celui de faire des étude et de se construire une carrière professionnelle (toujours plus difficilement accessible que pour les hommes) pour s'émanciper, et dans ce cas renoncer à une vie de famille, ou bien celui de privilégier sa vie familiale, se marier jeune, élever des enfants et rester à la maison.

En effet, la majorité des femmes au Japon arrête de travailler à la naissance de leur premier enfant. Concilier vie familiale et vie professionnelle est presque impossible dans le schéma sociétal actuel du Japon, où la femme est encore largement exclue du monde professionnel et considérée comme destinée à la procréation et à s'occuper de la maison pendant que son mari travaille. Ainsi, en 2013, 63% des japonaises étaient actives (dont 35% à temps partiel) contre 85% des hommes, et les femmes représenteraient moins de 10% des postes à responsabilité. Côté rémunération, à poste égal, une japonaise percevrait un salaire d'au moins 30% inférieur à celui d'un japonais.

Cette image de la femme japonaise soumise à la « supériorité » masculine et érigée en femme- objet entretenue dans la vision occidentale n'est donc pas tout à fait fausse. Cependant, elle cache une réalité un peu plus complexe.

Au Japon, la ménagère nippone tient en effet une place toute particulière dans la société. Lors de votre séjour, en vous promenant dans les grandes villes et les centres commerciaux, il vous sera facile de remarquer qu'une grande majorité des passants sont en réalité des passantes, des femmes de la vingtaine à la cinquantaine qui, bien qu'assez exclues du monde professionnel, se voient attribuer la direction du ménage et la gestion du budget de la famille. Tout est alors prévu au sein de la société pour « chouchouter » ces dames, leur faciliter la vie et les inciter à la dépense. Mais ce déroulement de tapis rouge tend à marquer encore un peu plus profondément le statut de femmes-objets des japonaises.

Ainsi, de nombreux établissements proposent systématiquement aux japonaises des tarifs réduits (cinéma, cafés, bars, restaurants...) tandis que les magazines féminins, tous plus au moins similaires, pullulent de manière assez absurde dans les kiosques à journaux. Les professionnels du marketing et la publicité, quel que soit le support, visent aussi essentiellement les femmes. Les salons de beauté et de coiffure destinés aux femmes fleurissent à tous les coins de rue. Les toilettes féminines des centres commerciaux sont par exemple équipées de salles de maquillage, ce qui s'avère très surprenant d'un point de vue extérieur. Les compagnies de métro à Tokyo ont quant à elles des wagons entiers, aux heures de pointe, entièrement réservés aux femmes. Plus insolite encore, bon nombre de toilettes publiques japonaises diffusent des sonorités artificielles dans le but de dissimuler d'éventuels bruits naturels gênants.

Depuis quelques années, la situation semble commencer à changer. Plus politique que véritablement sociétal, la place de la femme au Japon est sur le point d'évoluer dans le bon sens. En 2013, le premier ministre Shinzo Abe a fait de l'intégration des femmes dans la société l'une des ses priorités, en visant d'ici 2020 une augmentation des postes d'encadrement occupés par des femmes, au travers de la campagne « Womenomics ». Cependant, cette décision ferait davantage appel à des besoins économiques, dans le but de sauver l'économie du pays en arrêtant de « gaspiller autant de main d’œuvre ». Toutefois, les jeunes générations offrent l'espoir d'un revirement progressif de la situation où les équilibres entre hommes et femmes pourraient s'harmoniser.

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